PMA côté homme : ce que traverse le conjoint, et ce que personne ne lui explique

Un homme assis seul dans une salle d'attente de centre de PMA, le regard tourné vers le couloir
Sommaire

Dans un parcours de PMA, le conjoint intervient à cinq moments repérables : le spermogramme du bilan initial, les échographies de monitorage, le recueil de sperme le jour de la ponction ou en amont, le transfert, puis l’attente du résultat. Le Code du travail lui accorde une autorisation d’absence pour trois actes médicaux par protocole d’assistance médicale à la procréation, sans perte de rémunération. Les difficultés de recueil le jour de la ponction sont documentées dans la littérature médicale, et elles se préparent : selon les centres, un recueil anticipé, une congélation de sécurité ou la présence de la conjointe restent possibles. Ces questions se posent avant, pas dans le couloir.

Nous avons mis trois ans à accueillir nos jumeaux, Manon et Esteban, puis un an et demi de plus pour Anaïs. Trois FIV complètes, deux décongélations d’embryons. Ce que je raconte ici, c’est mon vécu de conjoint, avec le recul des années. Ce n’est pas une vérité générale, et les pratiques évoluent d’un centre à l’autre comme d’une époque à l’autre. C’est ce que j’aurais voulu lire avant.

Une précision d’entrée : je parle depuis ma place d’homme dans un couple hétérosexuel. Les parcours des couples de deux femmes existent et méritent leur propre article, écrit par des personnes qui les ont traversés.

🌸 En résumé

  • Vous pouvez souvent demander que votre conjointe vous accompagne pendant le recueil. Beaucoup de laboratoires l’acceptent, et la question se règle en un appel.
  • Les valeurs de référence de l’OMS sont des repères de population, pas une note. Un spermogramme isolé ne conclut jamais, et un résultat anormal se contrôle à 3 mois, le temps d’un cycle de spermatogenèse d’environ 74 jours.
  • Dans 40 % des cas, l’infertilité du couple est d’origine mixte. Chercher un coupable ne correspond donc ni à la biologie ni à l’intérêt du couple.
  • L’article L1225-16 du Code du travail vous accorde 3 autorisations d’absence par protocole d’AMP, sans perte de rémunération, puis 3 pour les examens prénataux.
  • La difficulté de recueil le jour de la ponction existe et se prépare. Cinq questions posées en amont à votre centre enlèvent une grande partie de la pression.

Quand demander du soutien

Un parcours de PMA met le couple sous tension pendant des mois. Certains signaux méritent l’aide d’un professionnel sans attendre :

  • une tristesse qui dure et vous coupe de vos activités ;
  • une angoisse qui vous empêche de dormir ;
  • une sexualité qui devient douloureuse ou impossible ;
  • des idées noires.

Chaque centre d’AMP dispose d’un psychologue, et sa consultation fait partie du parcours. Votre médecin traitant reste un point d’entrée simple. En cas d’idées suicidaires, le 3114 répond gratuitement, 24 heures sur 24.

Cet article raconte une expérience et cite des sources. Il ne remplace aucun avis médical.

1. Avant même la PMA : quand la sexualité devient un rendez-vous

Le parcours ne commence pas au centre d’AMP. Il commence des mois plus tôt, à la maison, avec les courbes de température et l’observation du cycle.

Vous identifiez la fenêtre de fertilité, quelques jours par mois. Et parce que vous avez terriblement envie que ça marche, vous y allez, parfois plusieurs fois par jour, sur ces quelques jours. Sans envie. Sur commande.

Ça use. C’est peut-être ce qui a fait le plus de dégâts chez nous, et le plus durablement, parce que ça touche à l’image que le couple a de sa propre sexualité. Faire l’amour devenait un acte de procréation, avec un objectif et un créneau. Le reste du mois, la fatigue et la déception prenaient la place.

Ce qui nous a aidés : le dire à voix haute, tous les deux, et protéger des moments qui n’avaient rien à voir avec la conception. Si votre sexualité s’abîme durablement, un sexologue ou le psychologue du centre est le bon interlocuteur, et pas dans six mois.

2. Le premier spermogramme : comment ça se passe vraiment ?

Avant d’y aller, je ne savais rien. Est-ce que ce serait une cabine ? Est-ce que quelqu’un serait là ? Le cerveau invente très vite des scénarios, et aucun n’est rassurant.

Voici le déroulé réel, celui que personne ne m’avait décrit.

  • L’abstinence. Les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, version 2021, situent l’abstinence entre 3 et 5 jours avant le recueil. Votre laboratoire vous donne sa consigne précise, suivez-la.
  • Sur place. Le laboratoire vous remet un pot stérile et vous indique une pièce dédiée, fermée à clé. Une fiche affichée explique la procédure : uriner, se laver les mains, nettoyer le gland avec la lingette fournie, puis recueillir la totalité de l’éjaculat dans le pot.
  • Lisez la fiche en entier avant de commencer. Dans mon laboratoire, les consignes étaient rédigées dans un ordre qui ne suivait pas la logique. J’ai appliqué chaque ligne au fur et à mesure, et j’ai découvert le « allez uriner » après m’être lavé les mains et nettoyé. J’ai dû me rhabiller, ressortir, recommencer. Trente secondes de lecture m’auraient évité ça.
  • Le pot est plus petit que vous ne l’imaginez. L’ouverture aussi. Ça paraît trivial, ça ne l’est pas quand la consigne est de ne rien perdre.

Notre premier spermogramme s’est fait dans un laboratoire du cours Mirabeau, à Aix-en-Provence. L’accueil était excellent. Ils nous ont conduits à un appartement privatif à l’étage, nous ont laissé les clés, et nous ont dit de prendre notre temps.

Je dis « nous », parce que nous avions demandé si Laurence pouvait m’accompagner. La réponse a été oui, immédiatement, sans que la question paraisse étrange.

C’est le conseil le plus utile de cette section : posez la question. Ça a transformé un acte médical en un moment à deux. Le geste technique restait le même, le pot aussi, mais nous l’avons vécu ensemble. Beaucoup de laboratoires et de centres l’acceptent, certains non. La réponse s’obtient en une phrase au téléphone.

Ce que je vois en consultation

Beaucoup d’hommes arrivent avec la même inquiétude, et ce n’est pas celle du résultat. C’est celle du déroulé. Où le recueil se passe, dans quelle pièce, combien de temps, qui sera au courant. Cette question sans réponse les angoisse parfois pendant des semaines, alors qu’elle se règle souvent en un appel au laboratoire.

Laurence RUAS, sage-femme pendant dix ans, aujourd’hui accompagnante en périnatalité.

3. Ce qu’un spermogramme dit, et ce qu’il ne dit pas

C’est le point où beaucoup d’hommes basculent dans l’angoisse en lisant un compte rendu seuls, sur leur téléphone.

Les valeurs de référence de l’OMS sont des repères de population, pas une note sur vingt. Elles décrivent le seuil sous lequel une exploration se justifie. Être en dessous d’un paramètre ne signifie pas être stérile, et être au-dessus de tous ne garantit pas une conception.

Un spermogramme isolé ne conclut jamais. Le référentiel du Collège français des urologues rappelle qu’un cycle complet de spermatogenèse dure environ 74 jours, et que le contrôle d’un résultat anormal se fait donc à 3 mois d’intervalle. Une fatigue, une fièvre récente ou un épisode de stress intense peuvent influencer un résultat. C’est la répétition dans le temps qui a du sens, pas le chiffre du jour.

Le résultat s’interprète avec le médecin, dans le contexte du couple. Un spermogramme se lit avec l’examen clinique, l’histoire du couple et le bilan de la conjointe.

Ce qu'un spermogramme dit et ce qu'il ne dit pas : un cycle de spermatogenèse dure environ 74 jours et un résultat anormal se contrôle à 3 mois d'intervalle

Le deuxième spermogramme, et un grand moment de solitude

Mon deuxième spermogramme, celui du centre spécialisé, m’a laissé un souvenir précis. J’arrive à l’accueil avec mon ordonnance et je murmure ma demande, pour que personne n’entende. La secrétaire me fait répéter. Deux fois. À la troisième, elle lance à pleine voix : « Ah, un spermogramme ! »

Sauf qu’en levant les yeux, j’ai réalisé que presque tout le monde dans cette salle d’attente était là pour la même chose, et que personne n’avait bronché. Elle voyait ça toute la journée. Ma gêne était entièrement la mienne.

Ce jour-là, la pièce de recueil était au sous-sol. Un canapé en skaï portant encore la trace de transpiration de la personne précédente. Des magazines pornographiques usés jusqu’à la corde. Rien qui inspire.

J’avais emporté quelques photos de Laurence sur mon téléphone. C’est ce que j’avais trouvé de mieux, et ça a suffi. Emportez ce qui vous aide. Personne ne vous le proposera, et personne ne vous le reprochera.

4. « C’est peut-être moi » : pourquoi chercher un coupable est un piège

Mon spermogramme est revenu bon. Mais avant de le savoir, j’ai eu peur. Peur que ce soit moi qui bloque, peur d’être celui par qui l’enfant n’arrive pas.

Les chiffres remettent la question à sa place. Le référentiel du Collège français des urologues indique que 20 % des infertilités de couple sont d’origine masculine stricte, 20 % d’origine féminine stricte, et 40 % d’origine mixte, le reste demeurant inexpliqué. Dans la majorité des situations, la cause n’est donc ni « lui » ni « elle ». Elle est dans la rencontre des deux fertilités.

Répartition des causes d'infertilité du couple : 40 % d'origine mixte, 20 % masculine stricte, 20 % féminine stricte et 20 % inexpliquée

Ce que je recommande à tous les couples, et c’est ma conviction la plus ferme sur ce sujet : le bilan sert à l’équipe médicale, pas à l’attribution des responsabilités.

Savoir d’où vient la difficulté est indispensable au médecin. Ça oriente le protocole, ça détermine la technique, ça change les décisions. C’est de la médecine, et elle a besoin de cette information.

Mais dans le couple, la phrase juste reste : nous avons une difficulté à concevoir. Pas toi, pas moi. Nous.

Chez nous, cette formulation a tenu debout pendant cinq ans. Elle protège celui ou celle dont le bilan est le plus fragile, elle empêche les phrases qui blessent longtemps, du type « si tu avais fait ceci » ou « si tu étais comme cela ». Et elle correspond à la réalité biologique, où une combinaison de petits facteurs pèse souvent plus qu’une cause unique.

Si la culpabilité s’installe malgré tout, le psychologue du centre est là exactement pour ça.

Ce que je vois en consultation

Les hommes que je reçois traversent les choses autrement quand le parcours s’ouvre à cause d’une difficulté de leur côté, une azoospermie ou une asthénospermie par exemple. Ils se placent alors dans la position de celui qui empêche, et ils s’autorisent beaucoup moins à dire ce qu’ils ressentent. C’est pourtant le moment où la parole compte le plus, avec leur compagne comme avec un professionnel.

Laurence RUAS, sage-femme pendant dix ans, aujourd’hui accompagnante en périnatalité.

Si vous cherchez à comprendre le déroulé complet d’un protocole, nous l’avons détaillé dans la fécondation in vitro de A à Z et dans qu’est-ce que la PMA.

5. Où est votre place pendant le protocole, et ce que la loi vous accorde

Voilà ce qui m’a le plus marqué, et le plus déstabilisé.

Pendant tout le protocole, l’attention se porte sur la femme. C’est logique : elle reçoit les injections, elle passe les échographies, elle subit la ponction sous anesthésie, elle est suivie de près. Mais la conséquence, à l’époque, c’était que l’équipe parlait à Laurence et pas à moi.

J’étais dans la pièce, assis à côté, et j’avais l’impression de ne pas exister. Personne ne m’expliquait rien, comme si je ne pouvais éprouver ni peur, ni stress, ni besoin de comprendre. Par moments, je me suis senti aussi utile qu’un donneur anonyme.

Nous avons toujours tout mené à deux avec Laurence. Cette mise à l’écart m’a heurté.

Ce que j’ai fait, et que je referais. Je me suis rendu au maximum de rendez-vous. J’entrais dans le bureau, je n’attendais pas dans le couloir. J’étais présent aux échographies de monitorage. Les injections, nous les faisions à deux, tantôt elle, tantôt moi. Les papiers, nous les regardions ensemble, même si Laurence pilotait le calendrier des rendez-vous.

La première échographie endovaginale a été un choc. Voir un autre homme introduire un appareil médical dans le vagin de ma femme, ça ne fait partie d’aucune expérience ordinaire. Je crois pourtant que tous les hommes devraient le voir une fois. Ça donne la mesure de ce que représente un suivi gynécologique, et ça évite bien des remarques légères.

Vos droits d’absence, en clair

C’est l’information la moins connue de tout le parcours, et elle est écrite noir sur blanc.

L’article L1225-16 du Code du travail prévoit que le conjoint salarié, le partenaire de PACS ou la personne vivant maritalement avec la femme engagée dans un parcours d’assistance médicale à la procréation bénéficie d’une autorisation d’absence pour trois des actes médicaux nécessaires, au maximum pour chaque protocole. Ces absences n’entraînent aucune diminution de rémunération et comptent comme du temps de travail effectif pour les congés payés et l’ancienneté.

Le même article accorde ensuite au conjoint une autorisation d’absence pour trois des examens médicaux obligatoires de suivi de grossesse.

Les autorisations d'absence du conjoint : trois pour les actes de PMA par protocole et trois pour les examens prénataux, selon l'article L1225-16 du Code du travail

À mon époque, j’ignorais ce texte. J’ai posé des congés et rattrapé des heures, avec un employeur informé et compréhensif. Vous pouvez faire mieux : ce droit existe, il se demande.

Reste une limite qu’il faut dire clairement. Trois autorisations par protocole ne couvrent pas un protocole entier. Les échographies de monitorage se succèdent parfois tous les deux jours, et la personne qui suit le parcours dispose d’un cadre plus large que son conjoint. Le droit aide, il ne règle pas tout, et le reste se négocie avec l’employeur ou se compense sur les congés.

Ce que je vois en consultation

L’appréhension de ne pas pouvoir accompagner sa compagne revient très souvent. Un parcours de PMA demande beaucoup de rendez-vous médicaux, et les conjoints ne bénéficient pas des mêmes droits d’absence. Avec la meilleure volonté du monde, être présent à chaque fois reste hors de portée pour beaucoup d’entre eux. Reconnaître cette contrainte pour ce qu’elle est, une contrainte d’organisation, soulage davantage que de la vivre comme un manquement.

Laurence RUAS, sage-femme pendant dix ans, aujourd’hui accompagnante en périnatalité.

Côté démarches administratives, nous avons détaillé le passage obligé chez le notaire dans les 6 démarches chez un notaire pour une procédure de PMA, et le budget réel d’un parcours dans le coût d’une FIV en France.

6. Le jour de la ponction : le recueil sous pression

C’est le moment le plus difficile du parcours pour beaucoup d’hommes, et le moins raconté.

Pour notre première FIV, en 2007, à Marseille, le laboratoire et la clinique se trouvaient à deux adresses différentes. Le déroulé était le suivant : Laurence partait au bloc sous anesthésie générale pour la ponction. Avant même qu’elle soit réveillée, le gynécologue sortait avec une mallette contenant ses ovocytes et me la remettait. À moi de traverser Marseille en voiture, une vingtaine de minutes, jusqu’au laboratoire.

J’avais l’impression de conduire un fourgon blindé. Ce que je transportais n’avait pas de prix, et je n’avais toujours aucune nouvelle de ma femme.

J’arrive, je dépose la mallette, la tension retombe d’un coup. Et c’est précisément l’instant où il faut passer dans la petite pièce et faire le recueil.

Autant vous le dire clairement : après ce trajet, avec cette accumulation de stress, obtenir une érection relève de l’exploit. Le canapé en skaï et les magazines étaient toujours là. Les photos sur mon téléphone aussi. J’y suis arrivé.

Puis une autre angoisse a pris le relais. Le volume recueilli me semblait ridicule. Je suis remonté, penaud, et j’ai demandé à l’équipe de me rassurer. Ils ont regardé, et ils m’ont répondu que ça suffirait. Ça a suffi. Si ça vous arrive, sachez qu’un laboratoire d’AMP travaille sur de petits volumes, et que la question se pose sans honte.

Notre troisième FIV, celle qui a donné Anaïs, s’est déroulée autrement. Le centre avait rassemblé les activités sur un même étage de la clinique, dans un espace repensé : couleurs naturelles, lumière, musique douce. Trois pièces de recueil dans un sas, un passe-plat vers le bureau de la secrétaire, un grand écran et un interrupteur pour lancer la vidéo.

J’y suis arrivé stressé, comme d’habitude, et j’ai fait une blague à la secrétaire sur les nombreuses télécommandes posées sur son bureau. Elle m’a répondu par un « oui » très froid. J’ai compris une fois enfermé dans la pièce : les télécommandes servaient à gérer les vidéos. Et la vidéo redémarrait là où la personne précédente l’avait arrêtée.

Détail perturbant supplémentaire : j’entendais son clavier depuis la pièce. Donc elle entendait la vidéo. Ça n’aide pas.

La peur de ne pas y arriver, et ce que j’en ai fait

Avant cette troisième FIV, j’avais une vraie angoisse. La première fois avait été laborieuse, et je redoutais que ça bloque au pire moment.

J’en ai parlé à mon médecin traitant. Il m’a prescrit un traitement de l’érection, en me proposant de l’essayer une fois en amont pour voir l’effet, puis d’en prendre le jour J environ une heure avant.

Je l’ai testé. Ça n’a rien changé, puisque je n’avais aucun trouble de l’érection en dehors de ce contexte. Et le jour de la ponction, je ne l’ai pas pris. Le fait de savoir que j’avais une solution dans ma poche avait suffi à faire tomber l’angoisse.

Ce que j’en retiens tient en une phrase : la peur se dit, et il existe des réponses. Ce type d’aide est utilisé en assistance médicale à la procréation et documenté dans la littérature, notamment une étude parue dans Fertility and Sterility sur le recours au sildénafil en cas d’échec éjaculatoire au moment d’une FIV ou d’une ICSI. D’autres travaux décrivent les solutions mobilisées quand le recueil ne se fait pas le jour de la ponction. Ces traitements se prescrivent après un avis médical, ils ne s’improvisent pas, et l’objectif reste d’abord de faire baisser la pression.

Une précision sur mon récit : le transport des ovocytes par le conjoint correspond à l’organisation d’un centre marseillais en 2007. Les organisations varient d’un établissement à l’autre et ont évolué depuis. La bonne démarche consiste à demander à votre centre comment sa journée de ponction se déroule.

Côté féminin, la ponction est détaillée étape par étape dans prélèvement d’ovocytes : étapes, risques, coût et résultats.

7. Les questions à poser avant le jour de la ponction

Voici ce que j’aurais voulu poser, et que personne ne m’a proposé de poser. Ces questions se posent quelques jours avant, au téléphone ou en consultation, jamais le matin même. Les réponses varient d’un centre à l’autre, et c’est justement pour ça qu’il faut les demander.

  1. Le recueil peut-il se faire en amont de la ponction ? Selon les situations, un recueil anticipé ou une congélation de sécurité évite d’avoir à produire un échantillon pendant que votre conjointe est au bloc.
  2. Ma conjointe peut-elle m’accompagner pendant le recueil ? La réponse est parfois oui, même le jour de la ponction, et souvent oui pour un spermogramme.
  3. Le recueil à domicile est-il accepté ici ? Si oui, sous quel délai de transport et dans quelles conditions.
  4. Qui prévenir si j’ai déjà eu une difficulté de recueil ? Le dire au biologiste ou à la sage-femme en amont permet d’aménager un créneau plus large, une pièce plus isolée, et de préparer une solution.
  5. Comment ma journée se déroule concrètement ? Où se passe la ponction, où se passe le recueil, ai-je un trajet à faire, dois-je transporter quelque chose, à qui je remets le pot, et à quel moment j’aurai des nouvelles de ma conjointe.

Les cinq questions à poser à son centre de PMA avant le jour de la ponction : recueil en amont, présence de la conjointe, recueil à domicile, antécédent de blocage, déroulé de la journée

Aucune de ces questions n’est ridicule. Prises ensemble, elles enlèvent la plus grande partie de la pression qui provoque justement le blocage.

8. Après un échec : être solide, oui, mais pas seul

Pour notre première FIV, nous avons attendu l’appel du laboratoire pendant des heures, assis dans le canapé.

Quand la réponse est négative, c’est un uppercut. Vous encaissez debout, ou vous n’encaissez pas du tout.

Je crois que c’est encore plus dur pour la femme, parce qu’elle traverse en plus les injections, les hormones, les échographies, la ponction, tout ce que son corps encaisse. Ma place, telle que je l’ai jouée, a été de remonter vite sur le ring. Être solide pour continuer. Être solide pour regarder devant. Être solide pour ne pas lâcher.

C’est un rôle que je revendique, et je le nuance aujourd’hui. Être le pilier fonctionne à condition de trouver ailleurs un endroit où déposer ce que vous portez : votre médecin, le psychologue du centre, un ami, un groupe de parole. Solide ne veut pas dire seul.

Ce qui m’étonne encore, presque vingt ans après, c’est la résilience que nous avons développée. Trois protocoles complets, deux décongélations d’embryons. Nous avons continué. Cette capacité à se relever se construit en marchant, et personne ne sait qu’il la possède avant d’en avoir eu besoin.

Si l’angoisse et le stress prennent trop de place dans votre parcours, nous expliquons ce que l’accompagnement peut apporter dans hypnose et infertilité. Ces approches sont des soutiens au vécu, jamais un traitement de l’infertilité.

9. Ce que je dirais à un homme qui commence demain

Trois phrases, celles que j’aurais voulu entendre.

Soyez un pilier pour votre couple, et soyez présent. Aux rendez-vous, aux échographies, dans le bureau et pas dans le couloir.

Un enfant se fait à deux, dans un lit comme en FIV. Votre place ne s’arrête pas au petit pot.

Posez des questions, et demandez si personne ne vous parle. Vous avez pleinement votre place dans ce parcours. Les peurs, le stress et les angoisses qui vous traversent sont légitimes, et les dire est exactement ce qui permet que les jours importants se passent bien.

Questions fréquentes

Ma conjointe peut-elle assister au recueil de sperme ?

Dans de nombreux laboratoires et centres, oui, et il suffit de le demander. Lors de notre premier spermogramme, à Aix-en-Provence, la réponse a été immédiate et le laboratoire nous a laissé un appartement privatif. La pratique varie selon les établissements et selon qu’il s’agit d’un spermogramme de bilan ou d’un recueil le jour de la ponction. Posez la question en amont.

Combien de temps d’abstinence avant un spermogramme ?

Les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, version 2021, situent l’abstinence entre 3 et 5 jours. Votre laboratoire vous transmet sa consigne exacte, qui prime.

Un spermogramme anormal signifie-t-il que je suis stérile ?

Non. Un résultat isolé ne permet pas de conclure. Le référentiel du Collège français des urologues rappelle qu’un cycle de spermatogenèse dure environ 74 jours et qu’un résultat anormal se contrôle à 3 mois d’intervalle. L’interprétation se fait avec le médecin, en tenant compte de l’examen clinique et du bilan du couple.

Que se passe-t-il si je n’arrive pas à faire le recueil le jour de la ponction ?

La situation existe et elle est décrite dans la littérature médicale. Les équipes disposent de solutions, et la meilleure d’entre elles consiste à préparer le jour J en amont : recueil anticipé, congélation de sécurité, aménagement des conditions, avis médical si vous redoutez un blocage. Parlez-en au biologiste ou à la sage-femme du centre avant, pas le matin même.

Ai-je droit à des absences au travail pour la PMA ?

Oui. L’article L1225-16 du Code du travail accorde au conjoint salarié, au partenaire de PACS ou à la personne vivant maritalement une autorisation d’absence pour trois des actes médicaux nécessaires, au maximum par protocole d’assistance médicale à la procréation, sans diminution de rémunération. Il prévoit ensuite trois autorisations d’absence pour les examens obligatoires de suivi de grossesse. Ces absences comptent comme du temps de travail effectif.

Faut-il chercher d’où vient l’infertilité dans le couple ?

Médicalement, oui : le bilan des deux membres du couple oriente le protocole. Dans la relation, la recherche d’un responsable fait des dégâts durables. Le référentiel du Collège français des urologues indique que 40 % des infertilités de couple sont d’origine mixte, contre 20 % strictement masculine et 20 % strictement féminine. La formulation qui protège reste : nous avons une difficulté à concevoir.

Ce que nous en retenons

La PMA place le conjoint dans une position étrange : indispensable et pourtant peu accompagné. Vous n’avez pas les injections, vous n’avez pas la ponction, et vous portez malgré tout une charge réelle, faite d’attente, de trajets, de stress et de moments où il faut produire à la demande.

Trois choses changent concrètement le vécu de ce parcours. Poser vos questions au centre avant les jours importants, parce que presque tout s’aménage quand la demande arrive à temps. Refuser la logique du coupable dans le couple, parce qu’elle blesse longtemps et qu’elle ne correspond à aucune réalité biologique dans la majorité des cas. Et dire vos peurs à un professionnel, parce que les solutions existent et qu’elles fonctionnent souvent avant même d’être utilisées.

Si vous commencez un parcours, prenez ce que vous voulez de ce récit et laissez le reste. Votre histoire sera la vôtre.

Et chez vous, comment ça s’est passé ? Vos retours en commentaire aident les couples qui commencent aujourd’hui.

Vous trouverez d’autres repères sur le parcours dans notre rubrique Désir d’enfant et PMA.

Sources

  • Légifrance, article L1225-16 du Code du travail : autorisations d’absence du conjoint pour les actes médicaux nécessaires à l’assistance médicale à la procréation et pour les examens prénataux obligatoires. legifrance.gouv.fr
  • Collège français des urologues, référentiel, item 38, stérilité du couple : répartition des causes d’infertilité, durée du cycle de spermatogenèse, délai de contrôle d’un spermogramme, durée d’abstinence et valeurs de référence OMS 2021. urofrance.org
  • Ameli, comprendre l’infertilité : définitions, causes et démarche de bilan dans le couple. ameli.fr
  • Fertility and Sterility : efficacité et sécurité du sildénafil comme aide en cas d’échec éjaculatoire au moment d’une FIV ou d’une ICSI. fertstert.org
  • Middle East Fertility Society Journal : série de cas sur l’échec d’éjaculation le jour de la ponction ovocytaire en FIV. sciencedirect.com

Sources consultées le 5 août 2026.

Contenu relu le 7 août 2026 par Laurence RUAS, accompagnante en périnatalité et parentalité, sage-femme pendant dix ans en maternité.

A propos de l'auteur

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