On reconnait aujourd’hui le burn-out dans le cadre professionnel. Ce n’est que depuis peu que ce terme s’est vu associé à la sphère parentale. Rarement reconnu par les parents eux-mêmes à cause des nouvelles normes et injonctions sociétales, il est pourtant bien réel avec des conséquences non négligeables. Il est plus que temps d’en parler et d’informer les futurs parents, parents et professionnels.
Voici un article qui présente le syndrome de burn-out parental ou également appelé en français épuisement parental. Nous verrons les causes et les facteurs de risque, comment le prévenir et comment y répondre.
Qu’est-ce que l’épuisement parental ?
L’épuisement ou burn-out parental est défini comme un syndrome de détresse intense causé par un stress chronique lié au rôle parental en l’absence de ressource suffisante pour compenser. L’épuisement physique et moral qui en découle ne disparait pas en faisant une simple pause.
Loin d’être des cas isolés, les parents qui souffrent de ce syndrome ou qui n’en sont pas loin sont nombreux. En effet, selon l’étude IFOP sur le burn-out maternel de Malo, 34% des mères se sentent concernées par le burn-out (40% pour celles qui sont seules). L’étude dit aussi que 68% des mères se disent physiquement fatiguées et 57% des mères moralement épuisées.
Même s’il touche davantage les mères, les pères sont de plus en plus concernés.
Quels sont les symptômes de l’épuisement parental ?
- Un épuisement physique et moral avec un sentiment de ne plus y arriver, une impression de survie. La vie parentale parait insurmontable.
- Une sensation de saturation et de perte de plaisir dans son rôle de parent.
- Une distanciation affective envers l’enfant qui permet au parent une forme de protection. Le parent répond seulement aux besoins de base de son enfant, et ce, de manière peu impliquée émotionnellement, davantage comme un automate.
Pour pouvoir dire qu’il s’agit d’un burn-out parental, il faut que ces symptômes durent dans le temps. En effet, tout parent peut ressentir un coup de mou ponctuel sans que cela soit associé à un burn-out. Cependant, il est important d’être attentif à ces symptômes qui peuvent apparaitre petit à petit.
À partir de quel âge de l’enfant un parent peut-il être en burn-out parental ?
Il n’y a pas de moments précis pour voir apparaitre les signes d’un burn-out parental. Selon les situations, ils peuvent arriver dès les premières semaines de vie du bébé, durant la première année, mais aussi beaucoup plus tard, parfois dès le premier enfant et d’autres fois avec l’arrivée du ou des enfants suivants.
Quelle est la différence entre un burn-out parental, le baby blues et la dépression postnatale ?
Le baby blues est une manifestation émotionnelle de la femme qui vient d’accoucher, le plus souvent des pleurs, qui durent quelques jours seulement. Il est expliqué par une hypersensibilité liée à sa situation hormonale qui exacerbe son ressenti et la rend plus vulnérable face aux évènements perturbants qu’elle peut rencontrer.
La dépression postnatale apparait toujours au cours de la première année de l’enfant, pas au-delà. L’état dépressif va toucher tous les domaines de la vie de la mère. C’est-à-dire que cette pathologie peut l’empêcher de reprendre son travail ou de reprendre des activités de loisirs contrairement au burn-out parental où le parent peut reprendre son travail avec soulagement, se ressourcer en revoyant ses amis. Elle se traduit le plus souvent par une intense anxiété, une difficulté à créer un lien d’attachement avec son bébé, des doutes quant à sa capacité à prendre soin de lui avec un fort sentiment de dévalorisation et de culpabilité.
Quelles sont les conséquences de l’épuisement parental sur les parents et les enfants ?
Sur le parent :
Des troubles de l’humeur (tristesse ou énervement), une difficulté à contrôler ses émotions, des troubles du sommeil et alimentaires, un repli sur soi, une envie de fuir le domicile.
Sur les enfants :
Les troubles du parent en burn-out peuvent entraîner de la négligence et/ou de la violence envers les enfants. Ils peuvent alors développer des troubles anxieux, des troubles de l’alimentation et du comportement.
Dans une moindre mesure, le parent peu investi dans les interactions avec l’enfant et faisant le minimum peut créer un sentiment de dévalorisation, de culpabilité, d’abandon chez celui-ci.
Sur le couple :
Lorsqu’un parent souffre d’épuisement parental, cela peut entraîner une augmentation des tensions au sein du couple en raison de reproches et d’une humeur maussade, augmentant ainsi le risque de séparation.

Quels sont les facteurs de risque du burn-out parental ?
- Isolement géographique, social et familial.
- Parent seul ou soutien insuffisant du conjoint.
- Parcours médical difficile avant la conception, pendant la grossesse, l’accouchement et/ou le postnatal.
- Grossesse gémellaire, enfants rapprochés.
- Une histoire d’enfant jalonnée de blessures.
- Une tendance à l’anxiété, au perfectionnisme, une difficulté à supporter les imprévus.
- Un sentiment d’échec dans le parcours de parentalité (ne pas avoir accouché de la façon qui était prévue, comme par exemple une césarienne, un échec de l’allaitement, bébé/ enfant qui pleure beaucoup, qui fait beaucoup de crises …).
- Etre isolée, être un parent solo, être peu soutenue par son conjoint :
Le proverbe africain selon lequel « il faut tout un village pour élever un enfant » met en évidence les difficultés rencontrées par les parents dans la vie moderne. L’évolution de la société a conduit à passer d’une cellule familiale élargie (plusieurs générations sous le même toit) et d’un tissage de liens sociaux forts (vie de village, de communauté) qui constituaient de véritables ressources pour les parents, à une unité familiale restreinte (deux personnes, voire une seule au domicile de l’enfant) et à la quasi-disparition des liens sociaux (les membres d’une même famille ne vivent plus au même endroit, les femmes sont occupées par leur travail). Tout gérer seul ou même en couple est en réalité épuisant.
- Parcours médical difficile :
La longue attente, la peur de ne jamais avoir d’enfants et les inquiétudes médicales causées par un parcours de PMA, la perte d’une grossesse peuvent engendrer un stress après la naissance de l’enfant qui peut perdurer selon le niveau traumatique de l’expérience et créer une pression chez les parents de bien faire les choses, de protéger (au-delà de ce qui est nécessaire) leur enfant.
Les vécus traumatiques en lien avec la grossesse et l’accouchement (diagnostic au cours de la grossesse, césarienne en urgence, hospitalisation du nouveau-né) peuvent créer une image d’un bébé fragile, ce qui augmente le stress parental quotidien.
Tous ces évènements peuvent créer la croyance qu’il faut se soucier davantage de l’enfant, qu’il faut réparer quelque chose, lui donner encore plus d’attention et de protection.
- Une histoire d’enfant jalonnée de blessures.
Lorsqu’un enfant arrive, cela peut raviver les souvenirs de notre propre histoire d’enfant. Si cette dernière a été marquée par des évènements douloureux, les parents peuvent chercher à réparer leur histoire en donnant à leur enfant ce qu’ils n’ont pas eu. Toutefois, cela peut engendrer une pression constante, car cette quête de guérison est sans fin. Les parents se sentent alors obligés d’en faire toujours plus pour compenser leurs propres blessures.
Quelles sont les causes de l’épuisement parental ?
Ce stress chronique que l’on retrouve aussi dans le burn-out professionnel est causé par des demandes de la part de l’enfant (ou perçues comme telles par les parents) trop nombreuses, exigeantes et parfois contradictoires par rapport à ce que le parent peut répondre en termes de ressources personnelles.
Mais d’où vient ce stress lié à la parentalité ?
Des changements sociétaux :
La manière d’être parent a considérablement changé depuis les années 70, avec l’évolution des rôles des hommes et des femmes, les avancées de la psychologie de l’enfant, les nouvelles représentations de l’enfant et de sa place, ainsi que le rétrécissement de l’unité familiale, passant de la famille élargie au couple, voire à un seul parent.
La pression sociale de réussite se manifeste aujourd’hui dans tous les domaines, y compris celui d’être parent. L‘idéalisation élevée de la parentalité pousse certains parents à être excessifs dans leur quête de perfection. Ces nouvelles injonctions les poussent à surveiller constamment leurs enfants pour les « protéger », à leur offrir un apprentissage et une stimulation constante pour leur « future réussite sociale », à leur fournir des explications en continu pour leur « bon développement psychologique » et à répondre immédiatement à leurs besoins pour qu’il soit « heureux ».
Tout cela crée un stress chronique chez les parents qui peut les mener au burn-out, car cela les oblige souvent à dépasser leurs limites et à sacrifier leurs propres besoins au-delà de ce qui est nécessaire. Il est important de rappeler que les parents doivent également gérer leur vie quotidienne et leur travail, qui peut être aussi source de stress.
La pression sociale pèse sur de nombreux aspects de la parentalité, tels que la réussite future de l’enfant sur les plans scolaire et professionnel, sa santé et son bien-être. Les parents sont confrontés à des attentes élevées, comme assurer une alimentation saine, faire des choix écologiques pour le matériel de puériculture et pédagogique, éviter que l’enfant ne pleure, répondre à tous ses désirs, et organiser une multitude d’activités ludiques et variées. Tout cela exige une grande quantité d’énergie pour l’organisation quotidienne. La tête et l’agenda des parents sont souvent surchargés et débordent parfois.
Le message implicite est qu’ils n’en font jamais assez. Cette pression les pousse à se dévouer sans relâche, à se surpasser et à mettre de côté leurs propres besoins.
Les besoins de l’enfant ont pris le pas sur ceux des parents, ce qui peut mener certains d’entre eux à souffrir de burn-out.
Les pères aussi sont touchés par le burn-out parental
Les pères d’aujourd’hui sont de plus en plus engagés dans leur rôle parental au quotidien, et sont donc également touchés par le syndrome d’épuisement parental. Bien que l’on puisse penser que gérer les enfants à deux soit suffisant, de nombreux parents font face à des défis qui rendent la tâche épuisante, même en équipe.

Comment prévenir l’épuisement parental ?
L’épuisement parental peut survenir plusieurs années après la naissance d’un enfant, mais il se manifeste souvent dès les premières semaines de vie, parfois même dès la fin du premier mois. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, cela ne s’explique pas uniquement par le fait que le bébé ne fait pas encore ses nuits.
Beaucoup de bébés dorment très peu en journée, enchaînant seulement de courtes siestes de 30 minutes. Ce rythme est insuffisant pour leur développement et leur équilibre. Ce manque de sommeil persiste souvent en grandissant : l’enfant devient alors irritable, pleure fréquemment, puis développe une agitation et une faible tolérance à la frustration. Ce phénomène s’observe de plus en plus depuis les années 1990. En 2006, la Haute Autorité de Santé (HAS) a d’ailleurs reconnu le sommeil de l’enfant comme un enjeu de santé publique.
Pour prévenir l’épuisement parental, il est essentiel d’agir tôt, en misant sur la prévention et l’information. Voici quelques pistes :
1. S’informer sur le sommeil du bébé dès la grossesse
Le sommeil infantile est un sujet complexe. Mieux le comprendre permet d’aider le bébé à bien dormir, de jour comme de nuit, ce qui favorise son apaisement. Des nuits plus sereines pour l’enfant signifient aussi moins de stress pour les parents et donc un risque réduit d’épuisement.
2. Préparer activement le retour à la maison après l’accouchement
Au-delà du choix du matériel de puériculture, il est utile de réfléchir aux aspects pratiques du quotidien : comment s’organiser, à qui demander de l’aide, comment se relayer. Anticiper les besoins du post-partum permet de vivre cette période avec plus de sérénité.
3. Se renseigner tôt sur la phase d’opposition
Cette étape du développement, où l’enfant affirme sa volonté et peut entrer en conflit avec l’adulte, est souvent source de tensions. La comprendre permet de mieux y faire face, sans s’épuiser.
4. Envisager un travail thérapeutique
Des blessures non résolues issues de l’enfance peuvent ressurgir avec l’arrivée d’un enfant. Une psychothérapie permet d’apaiser ces souffrances, de prendre du recul, et de faire la distinction entre sa propre histoire et celle de son enfant. Ce travail peut être engagé à tout moment du parcours parental.
Prévenir l’épuisement parental, c’est donc s’informer, anticiper, et parfois se faire accompagner pour mieux vivre sa parentalité.

Comment surmonter le burn-out parental ?
Reconnaitre l’épuisement
Quand on est déjà dans la phase du burn-out parental, la première étape consiste à reconnaitre l’épuisement et se dire qu’il est légitime. On n’a pas besoin d’être épuisé pour être un bon parent et à l’inverse, on n’est pas un mauvais parent si on dit que l’on est épuisé, dépassé.
Réfléchissez à ce qui vous fait du bien
Est-ce d’avoir des temps calmes, voir des amis, faire du sport, aller se promener en forêt ou simplement lire tranquillement ?
Osez demander de l’aide
Demandez à votre famille, à vos amis, qu’ils vous aident pour souffler un peu et vous reposer. Organisez des pauses, même courtes, mais régulières.
Se rendre dans des lieux d’accueil parent-enfant
Vous trouverez les coordonnées en appelant votre PMI de secteur. Ces lieux sont de véritables ressources. Vous serez accueillis par des professionnels et/ou des parents de manière informelle sur des temps de jeu de l’enfant. Ces rencontres permettent de sortir de l’isolement, de discuter, de voir que pour les autres parents ce n’est pas facile non plus, de sortir du face-à-face avec son enfant, de découvrir un nouveau lieu et de nouvelles activités pour l’enfant.
Être soutenu par un professionnel de la parentalité
Cela peut se faire par un(e) psychologue, mais sachez que de plus en plus de MJC proposent des groupes de soutien à la parentalité.
Faire un suivi psychologique
Il peut être très utile de travailler sur ce que représente pour vous la parentalité, sur les blessures de votre enfance, sur le besoin de perfection et d’apprendre des outils pour mieux gérer votre stress.
En conclusion, le syndrome de burn-out parental n’est pas une lubie, mais bien un état souffrant pour un grand nombre de parents qui nécessite un soutien et un accompagnement. Sortir du mythe de la parentalité comme étant un état de bonheur constant permettront aux parents de baisser les attentes qu’ils ont sur eux-mêmes d’accepter d’être un parent « suffisamment bon ».