Préparation à l’accouchement : comment bien vivre une césarienne ?

Il y a en France en moyenne 20% d’accouchement qui se font par césarienne, c’est à dire qu’une femme sur cinq donne naissance par césarienne d’après l’HAS (Haute autorité de Santé). Réalisée pour raison médicale, elle permet à la mère et au bébé d’être en santé. Cependant, cette opération est souvent mal vécue par les mères provoquant pour certaines de véritables traumatismes.

Durant ma pratique comme psychologue en maternité et néonatologie, j’ai expérimenté une solution pour que ce mode d’accouchement soit bien vécu.

Dans cet article, nous verrons ce que ressentent les femmes césarisées, les conséquences psychologiques, pourquoi est-ce important de bien se préparer à ce processus, comment bien vivre une césarienne et que faire si vous avez mal vécu votre césarienne.

accouchement par césarienne

Qu’ont ressenti les femmes qui ont mal vécu leur accouchement par césarienne ?

Voici ce que les mères qui ont mal vécu leur césarienne m’ont témoigné :
Un effet de surprise voire un choc face à l’annonce de la césarienne, car elle n’avait pas imaginé en avoir une, puis un manque d’information et d’explication, car l’équipe n’a pas eu le temps. Un sentiment de peur et parfois de panique les a submergées.

La plupart ont entendu que les pères étaient présents pendant une césarienne. Or elles ont découvert que pendant le temps de préparation ils étaient absents. Cela les a insécurisées et a parfois favorisé un sentiment de solitude.

Certaines ont été surprises, voire choquées d’avoir des ressentis dans leur ventre pendant l’opération alors qu’elles pensaient ne rien ressentir puisqu’elles étaient anesthésiées.
La plupart ont réalisé au moment où elles voulaient toucher leur bébé que leurs bras étaient sanglés et qu’elles ne pouvaient pas les bouger les empêchant d’avoir un contact avec leur bébé. La plupart d’entre elles n’ont pas eu de contact suffisant avec celui-ci en termes de qualité et de quantité à la naissance et parfois pendant les deux heures et demie passées en salle de réveil. Certaines ont ressenti que leur bébé n’était pas le leur.

Selon les maternités et les situations, certaines ont passé deux heures et demie en salle de réveil sans leur bébé ni leur conjoint accentuant un sentiment de solitude et d’abandon et fragilisant le lien mère-bébé.

Certaines ont eu la sensation de ne pas avoir accouché, car elles n’ont rien ressenti dans leur corps et n’ont pas pu créer un contact avec leur enfant dès sa naissance.
Une fois dans la chambre avec bébé, elles se sont senties parfois inutiles et incompétentes envers lui, car elles ne pouvaient pas lui donner ses soins à cause de la forte douleur liée à la cicatrice.

femme seule après la césarienne

Quelles sont les conséquences psychologiques d’une césarienne mal vécue ?

Sur la mère :

Difficulté du lien mère-bébé

Le lien mère-bébé est parfois retardé après une césarienne, ce qui génère un sentiment de culpabilité. Certaines mères ont l’impression de ne pas avoir accouché et que leur bébé n’est pas le leur.
Ceci est dû au fait de ne pas l’avoir senti à la naissance dans son corps, de ne pas l’avoir vu naitre, mais aussi de ne pas avoir pu l’accueillir, c’est à dire, le regarder tranquillement, le toucher, le sentir, faire du peau à peau.
À cela s’ajoute la séparation mère-bébé qui a des effets délétères sur la mise en place de l’attachement.
N’oublions pas que l’humain est un mammifère. Il est caractérisé par le lien d’attachement entre la mère et ses petits qui se réalise par le touché, l’odorat, le contact peau à peau. On sait que si on enlève un petit à la naissance à un mammifère, la mère peut le rejeter.

Sentiment de dévalorisation

Certaines mères ayant donné naissance par césarienne se jugent sévèrement et pensent avoir raté leur accouchement, ce qui risque de diminuer leur estime de soi en tant que mère et leur moral. Elles peuvent aussi penser que leur bébé a vécu une « mauvaise » naissance. Elles se culpabilisent et se sentent responsables.

Risque de dépression postnatale

Les deux points précédents sont des facteurs de risque pour développer une dépression postnatale. En effet, on retrouve des pensées négatives sur elles-mêmes, en tant que mère et sur le lien à l’enfant dans ces situations.

hypersensibilité et nausées pendant la grossesse

Devenir un parent intensif et risquer un burn-out parental

Beaucoup de mères vont tenter de résoudre leur sentiment d’échec et d’inquiétude en surinvestissant et en surprotégeant leur enfant, en lui donnant beaucoup (trop) de temps et d’attention, plus que nécessaire, afin de réparer la séparation et de guérir la souffrance imaginée de leur bébé. Le risque est de voir se poursuivre cette attitude pendant des années et d’avoir toujours l’impression de devoir réparer quelque chose. Associée aux injonctions sociétales actuelles de devoir être un parent parfait, on peut voir apparaitre ce qu’on appelle aujourd’hui des parents intensifs, des parents qui, surinvestissant leur enfant, placent leurs besoins avant les leurs. Il y a alors un risque de burn-out parental.

Sur le bébé/enfant :

Les bébés ont besoin que leur mère aille bien, car ils dépendent entièrement d’elle. Si le moral et l’estime de soi de la mère sont affectés, cela aura des conséquences psychologiques sur le bébé, puis sur l’enfant, surtout si cela dure dans le temps.

Sur le conjoint :

Les pères aussi peuvent mal vivre la césarienne. Ils peuvent aussi être surpris par le côté urgent et s’inquiéter pour leur conjointe et leur bébé. Parfois, pris par l’urgence, l’équipe médicale peut ne pas avoir le temps de bien lui expliquer la raison de cette opération et comment cela va se passer. Ils peuvent être envahis par l’inquiétude et aussi se sentir abandonnés ou mis de côté. Dans les cas de semi-urgence, dans la plupart des maternités, les pères peuvent, après les 20-30 minutes de préparation de la mère, être présents au bloc opératoire (une fois que tout est prêt).

Cependant, n’étant pas du métier, cette salle peut être très angoissante même s’ils ne voient pas l’opération en elle-même. Ils peuvent ressentir de l’impuissante face à l’inquiétude de leur compagne.
Ils peuvent aussi se sentir pris de court à accueillir eux-mêmes leur bébé et à le garder voire faire du peau à peau parfois pendant plusieurs heures.

Pourquoi faudrait-il se préparer à l’accouchement par césarienne quand on est enceinte ?

Le but de se préparer à ce mode d’accouchement est d’éviter un vécu difficile, voire traumatique.

Qu’est-ce qu’un traumatisme ?

Un évènement traumatique est une situation que le cerveau ne réussit pas à retraiter, à digérer. Il va donc rester actif et le souvenir ainsi que toutes les émotions et sensations corporelles vont ressurgir à chaque fois que la personne sera confrontée à un déclencheur, c’est-à-dire une situation qui rappelle le trauma.

Comment se crée un trauma ?

Les différents critères pour créer un traumatisme :

  • L’évènement se produit soudainement.
  • L’évènement est inconnu.
  • La situation est réellement en lien avec un danger.
  • La personne croit qu’elle ou un de ses proches va mourir.
  • L’intégrité du corps est en question.

Les particularités de la femme enceinte et qui accouche

Dès la grossesse et jusqu’aux premières semaines après leur accouchement, les femmes vivent de grands changements hormonaux qui se traduisent dans leur cerveau par une diminution de l’activité du cortex au profit d’une partie du cerveau archaïque. Elles développent alors une grande sensibilité qui les rend très vulnérables face aux évènements négatifs. Elles deviennent plus sujettes aux traumatismes. L’accouchement, s’il se complique médicalement, devient potentiellement une source de traumatisme.

Comment bien vivre une césarienne ?

  • Se préparer pendant la grossesse en lisant avec votre conjoint cet article, également celui-ci et en écoutant ma vidéo afin d’avoir clairement le déroulement dans la tête si cela venait à se produire.
  • Écrire votre plan de naissance pour une césarienne. À la suite de la lecture de cet article, clarifiez comment vous voulez que se déroule votre césarienne si cela venait à se produire.
  • Rencontrer une sage-femme de consultation en cours de grossesse de votre maternité pour poser les questions vues dans cet article et parler de votre projet de naissance pour une césarienne. Il est important de le faire valider par la sage-femme et de voir avec elle ce qui ne serait éventuellement pas possible. Ainsi vous ne serez pas surprise d’un refus le jour J et ne perdrez pas de temps à être déçu.

Profitez de cet entretien pour l’informer si vous avez des inquiétudes particulières liées par exemple à des traumatismes antérieurs d’opération ou tout autre chose qui exacerberait votre inquiétude. Elle pourra l’écrire dans le dossier et l’équipe sera informée.

bien vivre sa cesarienne

Que faire si vous avez mal vécu votre césarienne ?

En parler, tant que vous êtes à la maternité, à la sage-femme qui vous proposera si nécessaire de rencontrer la psychologue du service. Si vous êtes rentrée chez vous, contactez votre sage-femme libérale.

Si vous constatez que des images de l’accouchement s’imposent à vous fréquemment, que dès que quelqu’un vous demande comment s’est passé votre accouchement vous fondez en larme, que vous continuez à croire que votre bébé est en danger, que vous avez des pensées négatives à propos de vous-même et que ces symptômes ne diminuent pas au bout d’un ou deux mois, n’hésitez pas à, rapidement, consulter un(e) psychologue formé(e) en E.M.D.R. (vérifiez que le praticien est soit un psychologue, psychiatre ou psychothérapeute formé dans une des deux écoles françaises officielles : IFEMDR ou EMDR France). Cette technique est reconnue par l’OMS dans le retraitement des traumatismes.

 

Bien que la césarienne soit fréquente, elle n’en est pas moins source de perturbation pour les femmes qui l’ont expérimentée. Cette opération, loin d’être anodine, mérite toute notre attention pour bien comprendre ce qui se passe vraiment et ainsi mieux préparer les femmes enceintes. L’enjeu est important car, les bébés ont besoin d’avoir une maman qui se sent bien et qui est disponible pour lui.

 

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